« T’es important pour moi »

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Y’a des journées comme celles-là où tes yeux sont pris dans la peinture blanche et sale de ton appartement délavé. Des journées où tu tournes sur toi-même en essayant de trouver un point d’encrage alors que tout te donne mal au coeur, alors que tu te donnes mal au coeur. Des soirées où la remise en question de l’univers a décidé d’élire domicile fixe dans le quadrilatère de ton cerveau, des instants où tu ne sais pas, où tu ne sais plus.

Y’a aussi des minutes que tu passes devant ta fenêtre en regardant la neige déverser son plein de blancheur polluée et chimique; ça fait toujours un peu mal de réaliser que même le ciel est impur, que même le ciel est brisé, souillé, toxique. Pluie acide, neige acide. De l’acidité partout, en-dehors et en-dedans. Viennent les mois où ton âme se troue comme la couche d’ozone à cause de la pollution qui s’y est incrustée. Tu regardes l’eau de ton thé bouillir et tu te dis que t’aimerais ça pouvoir y enfouir tes problèmes pour qu’eux aussi s’évaporent.

T’oses pas trop en parler parce que t’as pas envie de ternir les couleurs des autres avec ton noir, parce que le noir avale toujours tout, un peu comme les trous qu’on trouve dans la galaxie, ceux qui aspirent la lumière. Fait que tu fais pas un son, t’entraînes ta face à dire « Ça va bien », et t’espères qu’avec la pratique, ça devienne une réalité. Mais ça reste toujours abstrait, faux, théorique. Le masque de la personne qui va bien s’enlève toujours lorsque tu rentres chez toi alors que tu ferais tout pour qu’il reste collé à ton âme.

Si t’es chanceux(se), t’es entouré(e) de personnes te connaissant assez bien pour savoir quand tes yeux mentent, pour savoir que ton sourire est plat même s’il fend ta face de gauche à droite; pour savoir que ton happiness s’est transformé en happy less. 

Mais tu le vois pas, ça. T’es tellement plein(e) d’ombres que t’arrives plus à filtrer, que tu ne vois plus leurs mains tendues. Plus ça va, plus t’as l’impression d’être seul(e) au monde, dans ton monde, et le monde qui s’est créé autours de toi n’est pas celui que tu espérais. T’as froid. Aussi froid que si tu marchais à l’ombre une journée d’hiver. T’as le glaçon pris au travers la gorge et en fondant, il te noie l’intérieur. Tu suffoques.

T’as l’impression que tous les fils qui te retiennent au monde se coupent, un par un. Le pire, c’est que tu n’as pas réellement envie que le monde s’arrête; t’as juste envie que ton monde à toi s’écroule, qu’il cesse de tourner sur lui-même, ou du moins, qu’il fasse la toupie moins rapidement. Tu veux juste une pause. Te mettre l’esprit dans le formol pour te conserver tout en pouvant t’en détacher un peu, juste le temps qu’il faut.

Tu ne sais plus trop la différence entre vivre et exister et t’as l’impression d’appartenir à la deuxième catégorie depuis trop longtemps. On peut reculer un film, une émission, une chanson, une page de livre, mais l’existence, non. En plus de ne pas pouvoir revenir en arrière, tu ne peux pas la suspendre momentanément. T’as l’impression qu’elle fait office de balançoire et que t’as pas le choix de t’asseoir dessus en permanence. Autre raison qui te donne le vertige et mal au coeur.

Mais ce serait dommage que la seule chose qu’il reste de ton crash soit la boîte noire dans laquelle étaient enfouies tes pensées. Sois un genre de commandant Piché, tiens-toi entre ciel et terre, sauve-toi. Sauve-toi même si t’as peur, même si t’es pris(e) dans les turbulences depuis longtemps, même si t’es pris(e) dans un nuage gris. Vole un peu plus haut et le soleil va réapparaître. Tu vas tout rafler : la médaille de la bravoure, du courage, de l’espoir. Pis t’inquiète pas, personne n’est à l’abris. « La vie est juste, car elle est injuste envers tout le monde. »

Je les ai tellement connus, les tournages en rond. Même les tournages en carré et en triangle. Les nuits à fixer le vide, à me dire que ça ne changerait rien si. Les instants à me questionner, à évaluer, à compter le nombre de personnes à qui je manquerais, à me répondre bof, à me dire qu’on finit toujours par s’habituer à l’absence de quelqu’un anyways.

Des soirées à boire et à fumer mon ressentiment, juste parce que je n’avais jamais demandé à exister dans ce monde-ci. Parce que je ne comprenais pas ce que je faisais, ici. Parce que j’avais l’impression que j’étais tombée du mauvais parachute sur la mauvaise planète. Pourquoi j’tais pas en train de danser sur les anneaux de Saturne? C’est vrai qu’il peut faire froid en esti par moments, des moments où t’as juste envie de te plonger le corps dans le cosmos pour aller dessiner des anges dans le firmament, des instants où t’as envie d’abandonner ton corps pour te regarder d’en haut. La vie c’est laid t’sais, mais ça peut être encore plus beau.

Même si tu crois que la fin de ton monde ne serait pas la fin du monde et que la terre ne cesserait pas de tourner, ça signerait la fin de plusieurs monde, car oui, t’es important(e) pour plusieurs personnes. Ne doute jamais de ça.

C’est vrai qu’on ne peut pas reculer, mais on peut avancer. Et il n’est jamais trop tard avant qu’il ne soit trop tard.

P.S : Si tu ne vois plus le soleil, téléphone là :

Association québécoise de prévention du suicide :  418 614-5909

Tel-Jeunes :  1-800-263-2266

Suicide Action Montréal :  514 723-4000

[ Crédit photo : Semaine de la prévention du suicide ]

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2 réflexions sur “« T’es important pour moi »

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